mardi 14 avril 2015

Les défis du président élu du Nigeria !

Après le scrutin présidentiel qui l’a porté à la tête du Nigéria, le General Muhammadu Buhari vient de conforter sa suprématie à l’issue des élections locales des 11 et 12 avril 2015. Selon les résultats de la Commission électorale indépendante, le parti du président élu le "All Progressives Congress" a remporté au moins 21 sièges de gouverneurs sur les 36 Etats de la fédération.

Le 29 mai prochain, Muhammadu Buhari deviendra président de la République fédérale du Nigeria. Pour la première fois dans l’histoire de ce pays, un président démocratiquement élu succédera à un autre. 

A l’issue de ces deux scrutins, c’est désormais clair, Muhammadu Buhari a les mains libres pour mettre en œuvre son programme. Les défis dans ce Nigéria déchiré par les violences de tout acabit sont énormes. Ancien dictateur des années 80, Buhari revient au pouvoir sous une couleur démocratique et les nigérians espèrent qu’il sera réellement démocrate. En effet, durant son passage à la tête du Nigeria de 1983 à 1985, le général Buhari s’est aussi illustré par l’adoption de plusieurs décrets qui ont constitué une atteinte au droit de l’homme. Aujourd’hui, Buhari doit gouverner un Nigeria "démocratique" qui doit pouvoir offrir des espaces de liberté religieuse, d'expression, cultuelle, culturelle, le droit de grève, la contradiction,…bref des choses qui ne se mariaient pas avec les régimes d’exception. 

Buhari a gagné les élections et il lui reste à gagner le pari d’un Nigéria uni et prospère, un Nigéria moins corrompu, un Nigéria moins divisé. Il doit réconcilier les nigérians avec eux-mêmes. Chasser du cœur des nigérians cette identité ethnique qui passe avant toute autre considération. Bohari récupère un pays presque en lambeau, un pays sans armée de combat, un pays qui vacille entre corruption et attaques de Boko Haram. Et ce deuxième défi doit être pris en compte par le Général démocrate. Ce serait une illusion d’éradiquer la corruption durant un mandat présidentiel. La corruption est quasi endémique au Nigeria. Elle s’est métastasée et recouvre tous les secteurs. C’est la maladie qui empêche ce géant de devenir vraiment grand.

Le gros défi, rétablir la sécurité dans le Nord Est du Nigéria.
Depuis plusieurs années déjà, la secte Boko Haram fait ce qu’elle veut dans les Etats de l’Adamawa, Yobé et Borno. La secte égorge comme elle veut. Elle a mis l’armée nigériane à maintes reprises en déroute. Aujourd’hui, c’est l’an 1 de l’enlèvement des lycéennes de Chibok. L’armée nigériane a été incapable de prévenir le rapt et elle a été incapable de localiser et de faire libérer les otages. Aujourd’hui n’eût été les interventions des forces armées nigériennes et tchadiennes, presque tout le Nord Est du Nigeria serait aux mains de la secte islamique. Boko Haram s’est développée dans la partie la plus pauvre du Nigéria et le défis aujourd’hui est de pouvoir redéployer l’armée dans les régions de l’Adamawa, Yobé et Borno. Le fossé sur le terrain est grand. La population n’a plus confiance en son armée et refuse de coopérer avec elle. C’est vrai, c’est une armée qui brutalise, une armée qui fuie au combat et qui abandonne blindés, chars, canons et munitions à l’ennemi. Aujourd’hui que la case élection est terminée, il faut s’attaquer aux choses réelles. C’est fini les promesses de tout calibre.
Il faut passer à l’acte. Et les défis sont gigantesques mais pas insurmontables. Le général connait bien cette région. Sous le règne d’un autre dictateur Murtala Mohammed, précisément en août 1975, Buhari a été nommé gouverneur de l'État du Nord-est. Sa mission était d’améliorer les conditions socio économiques et politiques de la zone. Il n'avait pas sans doute réussi. Et l'histoire lui donne la chance de refaire le travail inachevé. Il connait bien les défis de cette zone et il doit pouvoir se rendre compte que la victoire ne peut pas être que militaire. Boko Haram a choisi la région la plus pauvre du Nigéria pour soutenir ses thèses. Il revient au général président de mobiliser son armée de soldats et de civils pour apporter sur le court, le moyen et le long terme les recettes pour amorcer un véritable développement de cette zone qui est aussi une partie du Nigéria. Le plus urgent pour Buhari sera de redéployer une armée qui ne fuira pas au combat et qui pourra consolider les positions que les armées nigérienne et tchadienne ont récupéré à l’ennemi. Or sous le règne de Gudluck, l’armée nigériane s’est beaucoup illustrée sur tweeter que sur le terrain. Il n’est jamais trop tard pour mieux faire. Aujourd’hui, le défi du président élu et de son armée sera de faire des civils kanuri, manga, ...de véritables alliés. Il faut arriver à renverser la tendance actuelle qui fait que les civils de la région ont peur de leur armée. Buhari peut échouer sur le plan économique ou du recul de la corruption mais il n’a pas droit à l’erreur s’agissant de la résolution de la crise Boko Haram. Il connait bien les tares de l'armée nigériane et saura d'abord balayée les généraux de l'Etat major qui visiblement ne contrôlent plus les hommes sur le terrain. Boko Haram est avant tout un phénomène lié à ma à la misère sociale maladie du Nord Est du Nigeria. Les combattants sont en majorité des jeunes désœuvrés au chômage. Ils sont recrutés parmi les 40 millions de nigérians sans emploi. L’idéologie à combattre est donc celle du chômage.

Autres défis ! Le recul de la corruption :
Bohari a gagné les élections avec les déçus de Jonathan. Dans ce lot, il y a des oligarques qui ont fait fortune de façon douteuse. Chacun d’entre eux voudront un retour rapide sur investissement. C’est au président de mettre un hub anti corruption. C’est à lui de pouvoir dire non quand l’intérêt suprême de la nation est bafoué. Mais sur cet aspect de la lutte contre la corruption le défi en 4 ans est insurmontable. Il sera presque impossible aujourd’hui au Nigéria de réduire même d’1/4 la corruption qui gangrène du petit policier raquetteur qui passe sa journée sur les routes publiques aux Casanova qui sont à Abuja et Lagos, … et qui contrôlent tout. Le grand défi pour le Nigéria aujourd’hui est de pouvoir s’émanciper des maux qui l’empêche de devenir un état nation. Bohari a 4 ans pour prouver qu’il peut résoudre la question de Boko Haram, donner un fouet économique à ce géant au pied d’argile. A lui de savoir s’entourer de bonnes personnes et diriger démocratiquement une nation qui timidement se lance sur ce chemin si dur de la démocratie. Il a besoin de partager dignement les richesses. Il doit pouvoir assainir le milieu des églises du réveils constitué de pasteurs bling bling possédant châteaux et jets privés et qui exploitent la misère des 60% des nigérians pauvres pour leur promettre monts et merveilles. 

La politique étrangère, et la diplomatie militaire
Durant son règne, en 1984, Buhari Muhammadu a décidé d’expulser des milliers de migrants nigériens, béninois, camerounais, tchadiens,…Cette mesure avait été décidée alors que l’Afrique de l’Ouest notamment le Niger était rongée par une crise alimentaire. La famine de 1984 au Niger a été baptisée ²famine Buhari². 1984 c’est encore récent et l’Afrique de l’Ouest traverse régulièrement des crises d’insécurité alimentaire. Et le Nigéria est toujours une destination pour trouver le complément alimentaire. La politique extérieure de Buhari sera scrutée à la loupe. De toute façon, Buhari est obligé de composer avec ses voisins. Sur le plan militaire, le Nigéria ne fait plus peur. Buhari s'est que le Nigéria pourra compter sur la diplomatie militaire pour se refaire une santé mais il devra aller à l'école du Niger et du Tchad afin d'apprendre à se comporter au combat en respectant les ba ba du droit international humanitaire.

En somme, les défis sont connus et urgents. Le président doit faire ses preuves vite et bien sur divers fronts. Le Nigéria vient de faire un pas de géant sur le chemin de la démocratie. Le président élu n’aura pas de période de grâce et il lui revient de bien faire et de vite bien faire pour redorer son blason, offrir le rêve nigérian à ses compatriotes et leur ramener la sécurité. Buhari Mahamadu n’a pas le choix, il doit réussir en utilisant des recettes démocratiques pour le bonheur du Nigéria et de ses voisins.

Serge Xavier Oga

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