mardi 20 janvier 2015

Zinder, l’Évêque de Maradi au chevet des siens

Hier lundi 19 octobre, Monseigneur Ambroise Ouédraogo est allé à Zinder pour soutenir les chrétiens secoués par les événements de ces derniers jours. L’évêque qui participait à une réunion de la conférence épiscopale a abrégé son séjour au Burkina Faso pour rejoindre son diocèse afin de coordonner les actions. Il était à Zinder à la tête d’une délégation de la Caritas diocésaine qui a volé au secours des fidèles qui sont toujours dans leur grande majorité sous protection au niveau de la Garde Nationale et de l’Infirmerie de la caserne militaire. Sur place, la vie s’organise avec les moyens de bords. Caritas a apporté des nattes, des couvertures, des vivres, et des ballons pour les enfants qui ont aussi vécu et vu les atrocités subis par leur parent.

Dans la cour de l’infirmerie militaire qui les accueille, les fidèles ont prié. Au cours de la messe, l’émotion était visible sur tous les visages. La célébration était entrecoupée par les pleurs et les sanglots. « Nous sommes vivants et nous rendons gloire à Dieu » c’est l’expression qui est revenue constamment à chaque intervention.
la messe de ce matin. le Père Ghislain la main droite bandée est très éprouvé.


Monseigneur Ambroise a demandé aux fidèles de méditer les événements de ces derniers jours dans leur cœur et de tout pardonner. Ces événements interviennent pendant l’année jubilaire des 75 ans de la paroisse Sainte Thérèse de Zinder. Après la messe, une réunion a permis de recenser les besoins et de voir comment organiser la suite. Certains ont émis le désir de se retirer provisoirement de Zinder pour se ressourcer. Beaucoup ont tout perdu. D’autres ont aussi décidé de rester. Sur le deuxième site, au niveau du camp de la Garde Nationale, sur les visages fatigués, se lisaient l’émotion. Sœur Florès organise comme elle peut la vie à l’intérieur. Avec l’évêque, les fidèles ont partagé le repas de la veille réchauffé. Le réconfort était réciproque.
ce qui reste de la maison des sœurs de l'Assomption
L’évêque a aussi rencontré le gouverneur pour lui faire part de sa honte et de son choc après tout ce qui est arrivé. Mgr Ambroise lui a dit que tous les services de la mission catholique sont fermés sur toute l’étendue de son diocèse jusqu’à nouvel ordre. En effet, les enseignants sont choqués par ce qui est arrivé et ne sont pas prêts de reprendre la craie. Certains enseignants musulmans des écoles missions ont été aussi menacés parce qu’ils travaillent avec les chrétiens. Les fidèles n’ont plus de lieux de culte et sont traumatisés. Certains n’ont plus de domiciles et ont peur. Le gouverneur a déclaré aussi avoir honte de ce scénario que personne n’avait prévu. « Nous n’avions pas imaginé un seul instant ce qui est arrivé. Tout le monde a été pris de court » a dit le gouverneur. Il a assuré l’Évêque, qu'il fera tout pour assurer la protection des chrétiens et de leur bien. 

L’Evêque est ensuite parti visiter ce qui reste de la mission catholique. En réalité, il ne reste plus rien. Tout a été pillé, brûlé. Les casseurs n’ont rien épargné. Il ne reste rien de l’école mission que les murs qui ont résisté aux flammes. Le mobilier a été emporté ou détruit. De la maison des pères, il ne reste plus rien. Les voitures, les appareils électroménagers, rien ne reste. A l’intérieur de l’Eglise, il ne reste plus rien. La violence des flammes montre que les vandales n’étaient pas des enfants. Ils ont aspergé minutieusement les recoins avant d’y mettre feu. Ils ont taillé à la hache et au burin des trous dans les murs de clôture pour accéder à l’intérieur à plusieurs endroits. Selon plusieurs témoins qui n’ont pas eu le courage de s’interposer à cause d’un rapport de force défavorable, la logistique était constituée de bidons de 25 litres d’essence acheminée et le ravitaillement était constant. Chez les sœurs, le spectacle est le même. De cette maison d’aide, il ne reste que les murs noircis par les flammes et des documents qui jonchent la cour. Les sœurs et les pères n’ont plus rien. Le curé de la paroisse n’a plus de vêtement, il a un pantalon retroussé qu’un fidèle lui a donné. Il n’a plus d’aube, il n’a plus de chasuble, il n’a plus rien mais il est toujours au chevet de ses brebis et cherche les moyens pour leur donner le moral. Les aubes, le vin de messe, les chasubles de la messe de ce matin ont été octroyés par la paroisse de Maradi dont le curé a fait le déplacement de ce matin. Dans les ruines de ce qui reste de son bureau, le P Léo plaisante. « Je reviendrai vivre et travailler ici Inch Allah » a dit le curé à l’Evêque avec sourire.

Père Léo au milieu des siens
Le choc est immense. Les cœurs sont brisés. Les fidèles ne comprennent pas.  Personne ne comprend l’origine réelle de cette colère qui s’est poursuivie dans les quartiers. Plusieurs domiciles, plusieurs boutiques de chrétiens ont été saccagés, brûlés. A l’heure du pic, ils étaient 32 fidèles acculés dans une pièce qui brûlait à la mission catholique. Ils avaient fui leur maison pour trouver refuge à la paroisse. Heureusement, la sœur Josée a eu le réflexe de l’infirmière pour jouer les pompiers. Les manifestants ont tenté de forcer la porte mais ils n’ont pas pu. La sœur a continuellement hydraté les uns et les autres avec de l’eau pour leur empêcher de suffoquer et d’inhaler de la fumée. Les manifestants sont ensuite partis à la recherche des pères en pensant sans doute que les flammes auront raison des 32 malheureux mais Dieu a délivré les 32 personnes. Pour sauver leur vie, les pères de leur côté ont dû sauter par leur mur. Même blessés, ils ont été poursuivis en suivant les traces de leur sang. Si je suis encore en vie, c’est parce « qu’un vieux m’a caché » explique le P Ghislain blessé à la main gauche. Ce vieux héros a résisté aux jeunes qui insistaient pour qu’il lui livre les disciples du Christ réfugiés sur son toit. Après le départ des jeunes déchaînés, le vieux a stoppé leur saignement avec de la cendre et a participé à leur exfiltration de la maison.
Sr Josée Myriam l'infirmière du dispensaire qui soigne 40.000 malades chaque année. 
Au niveau de la grotte mariale, il ne reste que les pierres et les sièges en béton. Même l’autel n’a pas été épargné. Le terrain de basket qui servait pour les élèves et les jeunes du quartier a subi les mêmes violences. Même le support des paniers de basket solidement ancrés dans le béton ont été détruits. Les vivres ont été emportés, les biens pillés. Les animaux ont aussi payé le crime de leur propriétaire. Ils ont été soit volés ou éventrés vivants et jetés dans les flammes. La mission catholique de Zinder n’a plus de moyens roulants. Seule une vieille voiture  à l’extérieur de la paroisse a été épargnée et a été utilisée pour ramasser les chrétiens coincés dans leurs quartiers.

ce qui reste de l'autel de la grotte mariale
Malgré tout, les chrétiens ont décidé de pardonner. Certains sont à leur troisième casse. La dernière remonte seulement au 12 septembre 2012. Mais l’attaque du 16 janvier 2015 a été la plus violente. Ils ne comprennent pas l’origine de ce problème qui s’est répandu à d’autres villes du Niger. Ils ne comprennent pas comment en un temps record, certains de leurs frères qu’ils connaissent sans doute, ont voulu les tuer pour la faute d’un journal irresponsable. Aujourd’hui, c’est tout le pays qui est sous le choc et le gouvernement a décrété trois jours de deuil. Dans les camps, plusieurs musulmans sont venus partager les douleurs de leurs amis, de leurs frères et sœurs. Les retrouvailles se font dans les pleurs mutuellement. Certaines familles chrétiennes sont hébergées par des amis musulmans en attendant le retour au calme. D'autres veillent sur les domiciles de leurs frères et sœurs en exil temporaire sous protection militaire.
l'assemblée en pleine méditation
En achevant cet article, je revois encore, les visages  des jeunes enfants qui ne comprennent pas ce qu’ils ont fait pour mériter un tel sort. Je revois ces mamans, ces hommes, qui pleurent et qui ne retrouvent plus le sommeil. Je revois encore le visage de Père Ghislain qui n’a pas pu retenir ses larmes au cours de la messe. Je revois le visage de sœur José qui a été le héros des 32. Je revois le Père Léo malgré les circonstances au milieu de ses amis alors que son ambassade insiste pour qu’il quitte le Niger et retrouve son Inde natal. Je revois les visages de sœur Florès, sœur Véronique, Désiré, Jules, Cédric, Mathias, Paulin, et tous ceux dont je ne connais pas les noms mais qui sont solidaires malgré les pleurs et qui magnifient Dieu. Je revois encore le visage de ses militaires, policiers, gendarmes, … qui vendredi, samedi, ont sauvé des vies humaines au péril de leur propre vie. Je revois aussi le visage de ces jeunes, de ses enfants, de ses vieillards qui se sont acharnés sur leurs frères sans raison réelle. Je revois encore le visage de tous ses amis qui sont venus sauvés des chrétiens, bref, ils ont sauvé la foi, ils ont accompli des actes au péril de leur vie. 

Le Niger décrète un deuil national de 3 jours à compter du lundi 19 janvier

Le Niger a décrété un deuil national de trois jours observé depuis hier sur toutes l'étendue du territoire nationale suite aux manifestations des 16 et 17 janvier à Zinder puis à Niamey. Ces manifestations publiques non autorisées et d'une rare violence ont entraîné la destruction d'églises, des résidences et autres biens publics et privés. Le bilan est lourd et fait état de 10 personnes  ont tuées et à la mémoire des victimes, un deuil national de trois jours a été décidé et les drapeaux seront mis en berne sur toute l'étendue du territoire national.

Le communiqué officiel du gouvernement mentionne leur nom:
" À Zinder :
• L'Adjudant Kalam Adé, Commandant Adjoint de l'Escadron de Gendarmerie de Zinder, 53 ans ;
• M. Moussa Siradji, 35 ans;
• M. Abdoul Razak Moutari, 20 ans ;
• Et deux personnes dont les corps restent non encore identifiés.
 À Niamey :
• Mme Florence Dovi, 35 ans ;
• Salissou Moumouni, 28 ans ;
• Ismaël Hassoumi, 16 ans
• Oussama Abdoulaye, 13 ans
• Moussa, (sans autres précisions), trouvé mort dans l'Eglise CELPA, sise au quartier Dar-Es-Salam".

En cette douloureuse circonstance, au nom du Président de la République et du Peuple nigérien, le Gouvernement, "présente ses condoléances attristées aux parents des victimes ; souhaite un prompt rétablissement à toutes les personnes blessées ; assure les personnes victimes de vandalisme de sa solidarité et de son soutien; 4. dit que les auteurs, co-auteurs et complices de ces actes criminels seront recherchés et punis conformément à la loi".
Serge Xavier Oga

dimanche 18 janvier 2015

Niger, kaléidoscope d’une colère sans précédent.



Après Zinder vendredi, c’était au tour des chrétiens de Niamey de subir la colère des casseurs hier toute la journée. Les paroisses catholiques Saint Paul, Saint Augustin, Saint Gabriel, Sainte Thérèse, Saint Jean, Saint Joseph de Niamey ont connu des incendies et des pillages, ainsi que les maisons des Sœurs OCPSP, de Gethsémani et de la Charité.
D’autres églises évangélique ont aussi connu le même sort. L’Église EEERN de Bokoki a été entièrement brulée. Les casseurs se sont pris aux domiciles de chrétiens à Niamey et à Zinder.


A Maradi la situation est sous contrôle. Les forces de l’ordre protègent les églises. Le vendredi, des inconnus ont tagé les paneaux dans le secteur de la cathédrale et certains ont jeté des pierres sur l'édifice.


A Zinder, les chrétiens environ 300, très perturbés ont été regroupés dans les camps militaires.Ce dimanche, plusieurs chrétiens n’ont pas pu prier dans leurs lieux de culte. Au regard de la situation, les évêques ont demandé à toutes les paroisses de Niamey de suspendre la célébration eucharistique du dimanche 18 janvier 2015.A Zinder, les fidèles ont prié dans leur exil temporaire. A Maradi, pour éviter toute surprise, la messe dominicale n'a pas eu lieu. La solidarité chrétienne se met en marche pour venir en aide à ceux qui ont tout perdu.
Tous les chrétiens sont dans l'incompréhension totale, mais restent fermes et unis dans la prière pour que l'amour soit plus fort que la haine et la violence.

Hier soir, dans un message à la nation, le président de la république a condamné cette violence gratuite."Ce qui s’est passé chez nous hier à Zinder et aujourd’hui à Niamey nous interpelle nous interpelle" a dit le président dans son allocution. Il a aussi dit aux nigériens que "ces églises qui sont brûlées, pouvons-nous accepter qu’elles le soient au nom de notre religion ? De quel tort sont coupables les églises et les Chrétiens du Niger ? Ceux qui pillent ces lieux de culte, qui les profanent, qui persécutent et tuent leurs compatriotes Chrétiens ou les étrangers qui vivent sur le sol de notre pays, n’ont rien compris à l’Islam. Ils donnent de notre pays si chaleureux et de nos populations si hospitalières, une très mauvaise image. Où, au juste, veulent-ils que s’en aillent nos compatriotes de confession chrétienne, en décidant de détruire leurs domiciles et de s’approprier leurs biens ? Savent-ils qu’en se comportant de la sorte, ils incitent les populations des pays où les musulmans sont minoritaires à profaner et à détruire les mosquées ? Savent-ils qu’ils portent un grave préjudice à nos nombreux compatriotes qui vivent dans les pays à majorité chrétienne ?"



Zinder, ce vendredi 16 janvier 2015 où les chrétiens ont eu chaud

Nous sommes à Zinder, à environ 900 km à l’Est de Niamey. C’est ici vendredi 16 janvier 2015, après la prière de vendredi que plusieurs manifestants ont décidé de réduire en cendre toutes les églises chrétiennes de la ville. Une à une, des orgues de jeunes déchaînés ont tout pillé, avant de mettre le feu à tous ceux qui est religieux. Rien n’a échappé à leur colère. Le mobile officiel était la protestation contre la dernière caricature du prophète Mahomet publié par la parution du mercredi 15 janvier 2015. « Nous ne comprenons pas ce qui nous arrive, je n’avais jamais imaginé que cela allait se produire » nous explique un jeune de la paroisse de Zinder. Et pourtant cela est arrivé. La situation était prévisible mais ni les autorités ; ni les fidèles chrétiens ne s’attendaient pas à un tel déchainement de colère. En effet, après la circulation des SMS appelant à la manifestation via les messageries, les pasteurs et les prêtres ont alerté les autorités régionales qui ont rassuré tout le monde que la situation serait sous contrôle. Les autorités régionales avaient sous estimé l’ampleur de ce qui a emporté toutes les églises de Zinder, la majorité des églises de Niamey,...A Zinder, le dispositif sécuritaire ne pouvait pas contenir cette foule en colère.
 L’élément déclencheur
Les manifestants qui n’ont pas déposé une demande de manifestation et qui n’ont ni leaders officiels affiché, ont décidé de protester contre la une de l’édition du mercredi 15 septembre de l’hebdomadaire satirique français. C’est le mobile officiel de cette colère sans précédent. Ils ont donc déversé leur colère sur les chrétiens du Niger. Les forces de l’ordre ont vite compris dès les premières heures des manifestations qu’il fallait plutôt se consacrer à sauver des vies humaines plutôt qu’à protéger des lieux de cultes. La foule était trop nombreuse pour la contenir. A l’Église Catholique, il ne reste plus rien dans l’église, dans la maison des sœurs, l’école catholique. La cour de la mission catholique ressemble à un champ de bataille. Hier samedi 17 janvier, les pompiers étaient encore en action. Les manifestants ont percé des trous béants dans les murs pour pouvoir accéder à l’intérieur. Certains ont volé. Ils ont pillé les vivres, emporté l’argent, les ordinateurs, les instruments de musiques, les chaises. Ils se sont emparés des biens privés, des biens de l’église avant de verser de l’essence pour bien consumer ce qui pouvait bruler. Mêmes les animaux ont subi la colère de cette foule qui ne savait pas ce qu’elle faisait.

La statue de la vierge Marie a été décapitée et les objets pieux ont été saccagés sans ménagement. A l’école mission, rien n’a résisté. La direction, les classes, tout a été saccagé. Des dossiers des enfants, il ne reste plus rien. Pourtant cette école scolarise à 98% des enfants musulmans. C’est une école qui forme depuis plus de trois décennies les enfants nigériens. Les pères et les sœurs n’ont eu la vie sauve qu’en escaladant le mur. Trois prêtres ont été légèrement blessés à la main dans leur tentative d’accéder à la liberté de la vie. « J’ai vu la mort en face. Mais par la grâce de Dieu, je suis encore vivant » confie avec humour le père Léo curé de la paroisse. Dans le camp qui les accueille, le père est au chevet de ses brebis. Il veille à ce que les uns et les autres puissent retrouver une paix intérieure.

Rien n’a résisté à cette colère.
                                                    Toutes les autres églises ont subi la même colère. Tout a été brulé sans ménagement. Dans le quartier Birnin, à 500 mètres du sultanat de la ville, une famille n’a eu la vie sauve qu’avec l’intervention des voisins musulmans. Abba Moussa Moustapha est natif de Zinder de père et de mère et est âgé de 73 ans. Il est le fils du premier chrétien du Niger. Sa famille est chrétienne depuis 1924. Il était assis dans son salon et il a vu débarquer un groupe de casseur. « Ils se sont mis à tout casser et nous nous sommes retirés au salon pour les laisser faire. Ils ont volé tout ce qu’il pouvait emporter avant de mettre le feu » déclare le vieux pasteur. Prisonnier des flammes, lui et sa famille ont commencé par suffoquer. « Les gens du quartier ont vu la fumée et ils ont accouru pour nous secourir » ajoute le pasteur Abba Moustapha. Il nous amène à la fenêtre par où il a eu droit à une nouvelle vie. Il ne s’attendait pas à pareille situations. Il nous montre fièrement le jeune qui est venu le secourir. Devant le portail de sa maison, quelques enfants jouent aux policiers pour amuser la galerie. L’un d’entre eux a fabriqué une kalachnikov en planche. Dans ce qui reste encore de son salon, le pasteur accueille ceux qui viennent lui témoigner de leur compassion. Certains ont versé des larmes en voyant le désastre dans cette maison qu’ils connaissent tous. Il était leur frère, ses enfants leurs fils. Ils sont tous natifs de Zinder. De son église, il ne reste que la toiture rougi par les flammes. Les ventilateurs ont tordu sous l’effet de la chaleur. De son autel de prédicateur de la Bonne nouvelle, il ne lui reste plus rien. Le plafond a fondu et les bois sont devenus du charbon. Dans la chambre de ses enfants, les cahiers sont devenus des cendres. Des lits, il ne reste de la ferraille. Ses vivres ont été pillés. Le pasteur Abba et sa famille n’ont plus rien à manger. Sans la solidarité des uns et des autres, il lui sera difficile de se remettre. Mais malgré tout ça, le vieux pasteur n’est pas rancunier « J’ai tout pardonné car ceux qui ont mis le feu à ma maison, ne savaient pas ce qu’il faisait » dit-il. Et il leur lance avec sourire : « j’invite ceux qui ont pillé ma maison, incendié mon église à apprendre mieux leur religion. Ils ne savent pas ce que signifie l’Islam. Ils doivent étudier bien leur religion et ils se rendront compte que l’Islam n’enseigne pas ce qu’ils ont fait ». Le pasteur demande aussi que la lumière soit faite. « Il ne faut pas passer une éponge sur ce qui s’est passé. Il faut que nous puissions tous apprendre de cette tragédie » a conclu le vieux.
Plus loin dans le même quartier, de l’Église des vainqueurs, il ne reste plus rien. Encore plus loin les enfants jouent sur ce qui restait des voitures d’une famille chrétienne. Cette maison habitait une famille chrétienne. Elle a été entièrement brulée. « Il n’a plus rien » confie son cousin. Pendant que les enfants jouaient sur ce qui restait, des adultes prennent de l’air à une dizaine de mètres. Ils regardent les enfants faire. Et sans doute cette indifférence qui sera encore fatale à cette maison. Ce voisin que ses jeunes à l’ombre connaissaient n’a plus rien. Mais en laissant les enfants envahir et continuer à vouloir démolir ce qui restait de cette maison de voisin mérite interrogation.

Le centre culturel,
Au centre culturel français, des jeunes élèves tentent de regarder ce qui reste de leur centre de savoir. Le centre culturel français est le seul centre de la ville qui pouvait offrir les ouvrages enseignés dans les écoles. Les enfants pauvres s’y rendaient pour lire Rousseau, Balzac. Ils n’ont plus rien à lire. L’espace culturel, le seul de la deuxième ville du Niger, est un amas de grava. A quelques mètres en descendant la rue, des enfants et des jeunes en colère viennent achever le service après vente. Ils sont venus détruire ce qui restait de cette bâtisse qui servait à adorer Dieu. Le portail résiste encore mais un homme s’acharne à enlever la seule pancarte qui montrait que ce lieu était une église. Les uns l’applaudissaient et les autres assistent impuissants à cet acte de vandalisme.

Les chrétiens ne comprennent pas

Les chrétiens ne comprennent pas qu’ils soient la cible idéale pour manifester cette colère contre Charlie Hebdo. « Je n’ai jamais entendu parler de ce choix. Je ne sais même pas à quoi il ressemble » affirme un jeune. Son père qui ne comprend pas non plus cette colère ajoute : « ce journal, n’est pas chrétien, ce journal n’est pas chrétien, il nous critique aussi, les raisons de cette colère sont ailleurs ».

Un autre lance : « ceux qui ont attaqué les chrétiens n’ont rien compris de l’Islam. Il partage aussi le sentiment légitime des musulmans qui se sont senti offensé après la publication mais nous ne comprenons pas pourquoi nous sommes pris pour cible». Après le saccage des églises, les casseurs ont voulu s’en prendre aux chrétiens individuellement. Certains voisins se sont interposés. Dans la journée du samedi, tous les chrétiens étaient évacués de leur maison. Certains ont été évacués depuis vendredi. Ils sont plus de trois cents, à trouver refuge dans les casernes. L’armée assure leur sécurité et sous protection, une à une les derniers regagnent ce havre de liberté qui leur est donné.

Violences sociales ou protestations contre Charlie ou expression d’un malaise social

Si les uns et les autres ont voulu protester contre un malaise social, pourquoi avoir choisi une autre cible, pourquoi avoir choisi cette mauvaise forme de protestation. Ce sont des questions qui resteront éternellement sans réponse car la plupart de ces jeunes ne savent pas les raisons. Interrogé, certains, répondent vaguement « on nous a dit de faire ».

Qui sont-ils ?

Dans les ruines de la bibliothèque du pasteur, au cours de notre séjour risqué à Zinder, nous avons retrouvé ce journal consumé sauf la une. Cette Une titrait « qui sont-ils ? » La question aujourd’hui est de savoir qui sont ses jeunes, ses adultes, ses enfants qui ont protesté ainsi. Ils sont de Zinder. Ils ne sont pas à leur première casse. La dernière attaque contre les lieux de cultes remonte seulement à septembre 2013. Après la publication du film innocence of muslim aux USA, l’Eglise catholique de Zinder, l’école mission ont été brulées. Les mêmes sont encore revenus. Or les chrétiens du Niger sont des natifs du Niger dans leur majorité. Certains n’ont jamais quitté leur ville et ont grandi avec ceux qui les ont attaqués. Ces chrétiens n’ont aucune relation de près ou de loin avec Charlie Hebdo. Le Dieu de ses mêmes chrétiens sont caricaturés par le même journal anti religieux, ce journal irresponsable qui use de la liberté d’expression pour vendre et se faire du fric. Ainsi donc, des chrétiens à des milliers de kilomètres de Paris paient pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

Certains musulmans, pensent que les jeunes auteurs des exactions n’ont rien compris de leur religion. « Nous devons apprendre et comprendre nous-mêmes ce que notre religion nous enseigne. Je refuse que notre religion soit utilisée ainsi. L’Islam c’est là paix, l’amour du prochain » affirme un jeune musulman qui a protégé des chrétiens.

Le défi aujourd’hui est de réconcilier les cœurs, de ramener le calme véritable dans une ville en colère, sans doute contre un autre motif mais que Charlie a permis d’exprimer. Il faut aller à leur rencontre, les écouter, les enseigner. C’est aujourd’hui le défi à relever par le Niger. Il faut enseigner le vivre ensemble, la manifestation pacifique pour dénoncer. Il faut soigner les cœurs et éviter que les mêmes personnes se déchaînent contre des pauvres chrétiens.


Qui doit reconstruire ?

Vu l’ampleur des dégâts, il sera souhaitable que ce soit l’État qui remette en état les lieux de cultes. Cette manière sera une compassion. Il faut joindre les actes à la parole. Il ne faut pas se contenter de dénoncer. Ce discours ne tient plus. Il faut aller au-delà. Les chrétiens du Niger étant des citoyens de ce pays, il faut un geste fort. Le discours du président hier à la télé va dans le bon sens. Mais ce discours doit être traduit dans les faits. Il faut instruire ses milliers d’enfants qui ont participé aux casses afin de leur faire comprendre le vrai sens de la vie. Autrement, ils garderont cette haine dans leur cœur à jamais. L’ignorance nourrit les cœurs et il faut pacifier les cœurs. En clair, le Niger a besoin de soigner dans la durée. Il faut éviter que ces enfants puissent garder en eux ce qu’ils ont fait et ou en vue

Prendre les chrétiens pour des boucs émissaires, c’est se tromper de cibles, c’est sans doute le défi qu’il faut relever et les oulémas ont un rôle à jouer. personne ne comprend les mobiles de cette violence sans précédent. En quittant Zinder, je ne comprends toujours pas. Je ne comprends pas ce qui est arrivé. Je ne comprend pas ce qui justifie une telle colère.
Serge Xavier Oga

Le président de la république hier à la nation: "De quel tort sont coupables les églises et les Chrétiens du Niger ? "

Seul Dieu sait ce que chacun de nous a dans les plis de son cœur. Je salue et j’encourage ceux qui veulent la paix et le bien-être pour notre peuple. Je prie Dieu de purifier le cœur de ceux qui lui veulent du mal.
Mes Chers Concitoyens,
Je sais que vous êtes nombreux qui voulez la paix et le bien-être du pays. Tels sont aussi mes objectifs, telles sont mes préoccupations. C’est à cela que je me consacre depuis bientôt quatre(4) ans. Depuis bientôt quatre (4 ) ans, en effet, je tente de mettre notre pays à l’abri d’une terrible menace, celle du terrorisme. Depuis quatre(4) ans, je tente de préserver les nigériens de ce qui se passe au Mali, en Libye et au Nigéria,  car l’islam c’est la paix, la religion du juste milieu, c’est l’amour du prochain, le pardon et la tolérance.
C’est en référence à ces valeurs que, tout en étant pour la liberté d’expression, nous réprouvons les caricatures qui insultent la foi des musulmans. Je comprends, en tant que musulman, le sentiment de dégoût et de révolte qui anime de bonne foi les musulmans qui se sont sentis offensés par les caricatures blasphématoires du prophète Mohamed (PSL) faite par le journal Charlie Hebdo. Je partage entièrement leur sentiment légitime. Je considère que la liberté d’expression ne saurait signifier la liberté d’insulter ce que les autres ont de plus cher, leur foi en l’occurrence. Aussi me suis-je rendu en France, à l’invitation du Président François Hollande, non pas pour soutenir un quelconque journal, mais pour prendre part à une marche, intitulée « marche pour la République et la lutte contre le terrorisme ». Je me suis rendu à Paris,  parce que mon devoir de chef d’Etat du pays comptant le plus grand pourcentage de musulmans en Afrique au sud du Sahara me le commandait. Ma participation à cette manifestation au côté du roi Abdallah de Jordanie, descendant du prophète Mohamed(PSL), du Président Palestinien, Mahamoud Abass, responsable moral de la mosquée Al Aqsa, troisième lieu saint de l’Islam, de représentants de rangs élevés de pratiquement tous les pays arabes et musulman, visait à condamner le terrorisme, en particulier lorsqu’il est commis au nom de l’Islam que nous ne saurions laisser être souillé par des imposteurs. Ces imposteurs, je les ai toujours combattus. Mon combat contre les terroristes n’est pas circonstanciel car il est dicté par ma conviction intime qu’ils font énormément tord à notre religion.
Mes Chers Concitoyens,
Pouvons-nous vraiment croire que lorsque Moustapha Goni Omar, enrôlé, récemment, dans les troupes de Boko Haram, était venu, nuitamment, dans son village de Chétima Wangou, région de Diffa, dans la nuit du 25au 26 Mai 2014, avec ses camarades, égorger son père, ait accompli un acte dicté par l’Islam ?
Pouvons-nous croire que ces hommes agissant au Nigéria sous le label de Boko Haram, qui sont si cruels, qui ont tué tant de musulmans paisibles, qui en ont fait émigrer plus de cent milles dans la région de Diffa, exposés aux intempéries, après avoir tout abandonner pour s’accrocher juste à la vie, soient mus par la foi musulmane ?
Ma conviction, à moi, que je partage, certainement, avec la plupart d’entre vous est assurément non : l’Islam ne cautionne, ni ne commande les crimes.
Mes chers Concitoyens,
Ce qui s’est passé chez nous hier à Zinder et aujourd’hui à Niamey nous interpelle. Ces églises qui sont brûlées, pouvons-nous accepter qu’elles le soient au nom de notre religion ?  De quel tort sont coupables les églises et les Chrétiens du Niger ? Ceux qui pillent ces lieux de culte, qui les profanent, qui persécutent et tuent leurs compatriotes Chrétiens ou les étrangers qui vivent sur le sol de notre pays, n’ont rien compris à l’Islam. Ils donnent de notre pays si chaleureux et de nos populations si hospitalières, une très mauvaise image. Où, au juste, veulent-ils que s’en aillent nos compatriotes de confession chrétienne, en décidant de détruire leurs domiciles et de s’approprier leurs biens ? Savent-ils qu’en se comportant de la sorte, ils incitent les populations des pays où les musulmans sont minoritaires à profaner et à détruire les mosquées ? Savent-ils qu’ils portent un grave préjudice à nos nombreux compatriotes qui vivent dans les pays à majorité chrétienne ?
Mes chers concitoyens,
Nous condamnons ces agitations, déplorons les pertes en vie humaine et le nombre élevé de blessés aussi bien du côté des manifestants, des citoyens innocents, que du côté des forces de l’ordre dont je salue le sang froid, le courage et le professionnalisme. A Zinder il a été enregistré cinq morts dont un retrouvé, ce matin, calciné dans une église. A Niamey, le bilan est de cinq morts, tous civils, dont quatre tués dans les églises et les bars.   Que les familles des personnes décédées trouvent ici l’expression de mes sincères condoléance. Une enquête est  ouverte. Les responsables de ces manifestations sauvages seront identifiés et châtiés conformément à la loi.

Mes Chers Concitoyens,
Je lance un appel au calme à tous ! La paix, comme vous le savez, est notre bien le plus précieux.  Je vous demande, par conséquent  de vous démarquer de ces agitations. Je vous demande de contribuer à préserver la paix et la quiétude qu’on nous envie tant. Je vous demande de contribuer à éviter à notre pays des épreuves inutiles.  Je vous demande de vous mobiliser pour la stabilité des institutions, condition du progrès économique et social dont nous commençons à sentir les effets. Je vous demande de continuer l’exercice de votre foi dans la tolérance, c'est-à-dire dans le respect de celle des autres, comme je demande aux autres de respecter notre foi.  C’est, au demeurant, dans cet esprit, que j’ai ordonné l’interdiction de vente et de diffusion du journal Charlie Hebdo. Je vous demande de vous mobiliser derrière le Gouvernement et les forces de défense et de sécurité contre le terrorisme qui défigure notre religion.  Je vous demande de ne pas oublier, comme je l’ai dit plus haut, que de millions de nos compatriotes vivent à l’étranger, dans des pays où d’autres religions sont majoritaires. De la même façon que je demande à ces pays de les protéger, j’ai le devoir, nous avons tous le devoir, de protéger tous ceux qui résident au Niger quelles que soient leurs croyances, quelle que soit leur confession. Je demande en particulier aux leaders religieux d’éclairer les croyants sur les vraies valeurs dont est porteuse notre religion, en particulier sur ce que notre prophète (psl) a appelé le grand djihad, le djihad intérieur, contre nos faiblesses, contre nos passions et autres  infirmités. Je demande aux chefs traditionnels, gardiens des valeurs de notre société de s’impliquer dans la sensibilisation des populations et de poursuivre leur rôle de veille pour le maintien de la cohésion sociale et de la concorde nationale. Je demande aux responsables des partis politiques et à ceux de la société civile de s’abstenir de toute tentation d’instrumentalisation de la religion  à des fins politiques. Le Gouvernement, quant à lui, prendra toutes les dispositions pour faire régner l’ordre dans le pays afin de protéger les personnes et leurs biens. Les forces de défense et de sécurité dont ils disposent veilleront à qu’il en soit ainsi.
Que Dieu bénisse le Niger et son peuple !
Je vous remercie.

Message des Evêques du Niger sur la situation qui prévaut en ce moment au Niger

Au regard de la situation qui prévaut dans la ville de Niamey, nous demandons à toutes les paroisses de Niamey de suspendre la célébration eucharistique du dimanche 18 janvier 2015. La situation est loin d'être maîtrisée et les mouvements anti-chrétiens peuvent resurgir. Il n'y a, à Niamey, ni victimes ni blessés dans nos rangs, mais beaucoup de dégâts matériels.

Saint Paul, Saint Augustin, Saint Gabriel, Sainte Thérèse, Saint Jean, Saint Joseph de Niamey ont connu des incendies et des pillages, ainsi que les maisons des Sœurs OCPSP, de Gethsémani et de la Charité. De même, à Zinder, les chrétiens (285), très perturbés, se trouvent au camp militaire, suite au saccage de l'Eglise, des maisons des Pères et des Sœurs, et de l'école.

Nous sommes dans l'incompréhension totale, mais nous restons fermes et unis dans la prière pour que l'amour soit plus fort que la haine et la violence.

En ces circonstances, plus que jamais, Mgr Ambroise, Mgr Laurent et moi-même, sommes proches de chacune et de chacun de vous, ainsi que de vos communautés.

Avec notre cordiale communion.

vendredi 16 janvier 2015

Niger: Plusieurs églises de Zinder incendiées ce jour par des manifestants qui protestaient contre la nouvelle parution de Charlie Hebdo



Ce vendredi 16 janvier 2015, à Zinder, plusieurs manifestants qui protestaient contre la Une du journal satirique français qui a publié en couverture mercredi, une caricature du prophète Mahomet ont violemment manifesté et se sont pris à plusieurs symboles de la république et ont brulé plusieurs églises à Zinder.

Selon plusieurs témoins, des tracts ont circulé dans la ville depuis lundi appelant les populations à manifester dans la ville de Zinder. Après la prière de ce vendredi, plusieurs manifestants ont commencé à protester en brulant des pneus et saccageant tout sur leur passage. Ils ont ensuite mis feu à différentes églises dont l’église catholique,l'école mission catholique, la maison des sœurs de l'assomption et le presbytère. 

Il ne faut pas faire d’amalgame.

Il faut éviter tout amalgame. Hier, le pape François a au nom des chrétiens a réagi pour condamner les caricatures parues dans le journal français. Le pape disait en substance qu’il : « est légitime d’user de cette liberté mais sans offenser. On ne peut pas provoquer, on ne peut pas insulter la foi des autres, on ne peut pas la tourner en dérision…Il y a tant de gens qui parlent mal des autres religions, les tournent en dérision, font un jouet de la religion des autres : ce sont des gens qui provoquent…On ne peut offenser ou faire la guerre, ou tuer au nom de sa propre religion, au nom de Dieu !».

Cette position est la position de tous les chrétiens à travers le monde. C’est la position de tous ceux qui croient en un Dieu unique, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible. 

Aujourd’hui, la situation a été un peu rude pour les fidèles à Zinder. Certains ont été attaqués dans leur maison. Jésus Christ est un Messie de paix. Il n’a jamais prôné la violence et a toujours demandé aux fidèles d’aimer leur prochain comme eux mêmes. Les chrétiens ne soutiennent pas les provocations d’un journal anti clérical. Il ne suffit pas de s’appeler Jacques pour être chrétien. Les actes d’un journal français n’engagent pas les chrétiens du Niger. Ce sont des actes que nous tous condamnons. Il faut éviter les amalgames à ne pas faire payer à des innocents des actes qu’ils ne cautionnent pas ou qu’ils n’ont même pas entendus.

Serge Xavier Oga

Le Niger interdit la vente et la diffusion du numéro de Charlie Hebdo du 14 janvier 2015 sur l'ensemble du territoire national.

Dans un communiqué lu hier à la télévision par le porte parole du gouvernement, le Niger a interdit la vente et la diffusion du numéro de Charlie Hebdo du 14 janvier 2015 sur l'ensemble de son territoire. Le porte parole du gouvernement a d’abord donné les raisons de la participation du président nigérien à la marche du dimanche 11 janvier 2015 à Paris. A travers sa participation à la marche, le président Mahamadou Issoufou voulait "témoigner au gouvernement et au peuple français éprouvés l'amitié et le soutien du peuple du Niger". Aussi, " le geste du Président de la République, en tant que Chef d’État d'un pays de confession musulmane à plus de 98%, vise à contribuer à empêcher les amalgames si courants par ces temps où en Europe, l'islamophobie est exploitée à des fins politiciennes".

En marchant à Paris, le président Mahamadou Issoufou a voulu "protéger l'image de l'Islam contre ceux qui la dénaturent à travers des actes criminels foncièrement réprouvés par la foi musulmane".

Le gouvernement précise aussi que ceux qui ont commis l’attentat de Paris n’ont rien de musulmans et "sont exactement comme ce jeune Nigérien du nom de Moustapha Goni Omar qui, le 26 mai dernier, après s'être enrôlé dans les troupes de Boko Haram au Nigeria, était revenu nuitamment dans son village de Chétima Wango, en compagnie d'autres personnes, réveiller son propre père, chef dudit village et le faire assassiner parce qu'il ne serait pas un bon musulman".

Le communiqué précise également que la participation du président de la République à la manifestation du 11 janvier "ne signifie nullement un quelconque soutien aux dérives qui peuvent découler d’une certaine conception de la liberté de presse". Le Niger "dénonce, et condamne avec véhémence, la caricature du Prophète Mohamed (Paix et Salut sur lui) contenue dans le numéro de "Charlie Hebdo du mercredi 14 janvier 2015, qu'il considère comme une provocation injurieuse totalement inacceptable".

C’est pourquoi le Niger " a décidé d'interdire la vente et la diffusion de ce numéro sur l'ensemble du territoire national".
Serge Xavier Oga

jeudi 15 janvier 2015

1 470 nigériens en situation de précarité rapatriés de l'Algérie

Le Niger et l’Algérie ont entamé depuis décembre 2014, le rapatriement volontaire des nigériens en situation de vulnérabilité en Algérie. A la date d’aujourd’hui, 1470 nigériens dont 1000 personnes de la région de Zinder ont regagné leurs villages. Cette opération a été décidée de commun accord entre les deux pays pour rapatrier au moins 3 000 ressortissants nigériens en situation difficile en Algérie. Ils sont en majorité des femmes et des enfants que des passeurs font entrer en Algérie qui s’adonnent à la mendicité dans des conditions déshumanisantes.

Ce retour nécessite un appui en vue de permettre la réinsertion socioéconomique des migrants rapatriés. Autrement, ils seront tentés par un retour en Algérie. Cette réinsertion nécessite la conjugaison de plusieurs efforts afin d’offrir aux migrants les moyens de production afin de réduire la précarité qui les oblige à prendre le chemin de l’Algérie au risque de leur vie. En effet, chaque année, plusieurs nigériens après les récoltes se rendent en Algérie pour faire de petits boulots afin de nourrir leurs familles. En octobre 2013, au moins 92 migrants nigériens sont morts déshydratés dans le désert près de la frontière algérienne lorsque leur camion est tombé en panne. Une patrouille militaire a sauvé de justesse 72 autres migrants dont 20 femmes et de 52 enfants de la mort au moins de novembre 2013.

mercredi 14 janvier 2015

Terrorisme, racisme, extrémisme, sont des « pratiques malfaisantes » et n'ont « pas de relation avec l'islam », affirme Ash-Sheikh M.F.M. Fazil

Terrorisme, racisme, extrémisme, sont des « pratiques malfaisantes » et n'ont « pas de relation avec l'islam », affirme le maulavi Ash-Sheikh M.F.M. Fazil, devant le pape François, ce 13 janvier 2015: l'islam est utilisé pour causer du mal.
Au terme de la première journée du pape au Sri Lanka, des représentants bouddhistes, musulmans, hindous et chrétiens se sont retrouvés autour du pape, pour une rencontre interreligieuse en fin d'après-midi, à 18h15 (13h45 à Rome), au Mémorial « Bandaranaike » (BMICH) de Colombo.
Les représentants religieux sont intervenus par des chants de leur tradition – comme le moine bouddhiste Ven Kaburugamuwe Vajira – ou des bénédictions – tels l'hindou Suwami Sommasundaram et Ash-Sheikh M.F.M. Fazil – ou encore une prière, comme l'évêque anglican de Colombo, Diloraj Kanakasabei.
Nous vous accueillons de tout cœur
Le maulavi Ash-Sheikh M.F.M. Fazil s'est réjoui de la venue du pape – « De la part de la communauté religieuse du Sri Lanka, nous vous accueillons de tout cœur » – car, a-t-il affirmé, « celui qui croit en Allah et son prophète doit honorer son hôte, quelle que soit sa religion, sa culture et sa caste ».
Il a évoqué un enseignement du prophète Mahomet, qui reçut en son temps « une délégation de prêtres chrétiens à la Mosquée de Médine ». Après leur « très belle discussion », les prêtres « demandèrent un lieu pour prier et le prophète leur a donné un lieu dans la mosquée », a rapporté Ash-Sheikh M.F.M. Fazi.
Cette histoire « donne un message au monde », telle une invitation « à s'unir ». Elle montre aussi que la religion musulmane « accueille la discussion », a-t-il souligné : « construire des ponts entre leaders religieux est plus qu'urgent aujourd'hui ».
L'islam est utilisé pour causer du mal
Le maulavi a fait mémoire des attentats récents – notamment à Paris – perpétrés par des terroristes : « Je manquerais à mes devoirs si je ne mentionnais pas les attaques et tueries qui ont eu lieu en France, au Pakistan où des enfants ont été massacrés au nom de l'islam. »
Mais « l'islam n'a pas de relation avec ces pratiques malfaisantes et ces mauvaises conduites. L'islam promeut paix, amour et harmonie », a-t-il ajouté.
« Terrorisme, racisme, extrémisme, sont des croyances en eux-mêmes, et ils utilisent de nombreuses religions pour couvrir leur méfaits : aujourd’hui l'islam est utilisé pour causer du mal sur la planète », a-t-il poursuivi.
Il a encouragé « tous les leaders religieux à s'unir » et à chercher à « comprendre la foi les autres des autres, à se soutenir mutuellement et à construire une nation saine pour l'humanité », pour faire du monde « un bel endroit pour vivre en paix et en harmonie ».
Anne Kurian

Mgr Laurent Lompo sera installé sur le siège de Niamey le dimanche 8 février

Mgr Laurent Lompo sera installé à la tête de l'archidiocèse de Niamey le dimanche 8 février 2015. La messe d'intronisation qui aura lieu à la Cathédrale Notre Dame du Perpétuel Secours, sera présidée par le Cardinal Philippe OUEDRAOGO, Archevêque de Ouagadougou en présence de plusieurs Évêques de la Conférence Épiscopale Burkina-Niger et de nombreuses délégations.

Rappelons que c'est le samedi 11 octobre 2014 que Mgr Laurent Lompo a été nommé archevêque de Niamey. Il succède à Mgr Michel Cartatéguy.

mardi 13 janvier 2015

Situation dans le Nord du Nigéria, l’Archevêque de Jos invite le monde à plus de solidarité et de compassion envers les victimes de Boko Haram

Pendant que le monde se mobilise à Paris pour « sauver » le journal satirique français et rendre hommage aux 17 victimes de la semaine écoulée, la situation au Nigéria devient de jour en jour insupportable. D’après plusieurs médias, l’attaque de Boko Haram contre la ville de Baga le 7 janvier 2015 dans l'Etat de Borno (extrême nord-est du Nigeria) aurait fait plusieurs centaines de victimes. L’information est difficile à vérifier sur le terrain mais les témoignages des survivants montrent l’ampleur du drame silencieux qui se joue au Nigeria dans une indifférence totale. Baga était une ville paisible composée en majorité de pêcheurs de poissons.

Préoccupé par la situation sur le terrain, l'archevêque de Jos et président de la Conférence des évêques du Nigeria, Mgr Ignatius Kaigama a déclaré hier sur la chaine anglaise BBC, que le Nigeria se sent abandonné à lui-même dans sa lutte contre Boko Haram. L’Archevêque de Jos, une ville qui a connu des attentats attribués à la secte islamique à plusieurs reprises, a invité la communauté internationale à apporter au Nigeria le même soutien que celui reçu par la France. « Il est nécessaire que cet état d'esprit se propage non seulement quand cela se passe en Europe, mais aussi quand cela a lieu au Nigeria, au Niger, au Cameroun et dans beaucoup d'autres pays pauvres, que nos ressources internationales soient mobilisées pour combattre ces gens qui apportent tant de tristesse à tant de familles », a indiqué Mgr Kaigama.

Depuis la recrudescence de la violence, des milliers de personnes ont fui à destination du Niger. Dans la région de Diffa, ils sont actuellement plus de 150.000 personnes en majorité des femmes et des enfants qui vivent dans une situation précaire et préoccupante. Ils ont rejoint une région qui a connu cette année un déficit alimentaire. Et pour leur venir en aide, le Niger a lancé le 17 décembre 2014 un appel à la solidarité internationale. Aujourd’hui, la priorité, c’est l’eau potable, c’est l’alimentation des réfugiés, l’hygiène mais aussi la sécurité des sites. Et le monde doit venir en aide au Niger qui seul ne peut pas financier les besoins exprimés. Le monde entier doit être solidaire des innocents massacrés au Nigeria. Nous devons condamner toute forme de violence et œuvrer pour que les populations civiles innocentes ne puissent pas payer les tribus d'une guerre insoutenable.

Si nous sommes Charlie, nous devons y participer. Nous devons contribuer par tous les moyens pacifiques afin que la paix revienne dans notre espace et que les pauvres paysans et éleveurs puissent vivre simplement et dignement dans leurs villages et pratiquer leur foi librement. 
Serge Xavier OGA