mardi 20 janvier 2015

Zinder, l’Évêque de Maradi au chevet des siens

Hier lundi 19 octobre, Monseigneur Ambroise Ouédraogo est allé à Zinder pour soutenir les chrétiens secoués par les événements de ces derniers jours. L’évêque qui participait à une réunion de la conférence épiscopale a abrégé son séjour au Burkina Faso pour rejoindre son diocèse afin de coordonner les actions. Il était à Zinder à la tête d’une délégation de la Caritas diocésaine qui a volé au secours des fidèles qui sont toujours dans leur grande majorité sous protection au niveau de la Garde Nationale et de l’Infirmerie de la caserne militaire. Sur place, la vie s’organise avec les moyens de bords. Caritas a apporté des nattes, des couvertures, des vivres, et des ballons pour les enfants qui ont aussi vécu et vu les atrocités subis par leur parent.

Dans la cour de l’infirmerie militaire qui les accueille, les fidèles ont prié. Au cours de la messe, l’émotion était visible sur tous les visages. La célébration était entrecoupée par les pleurs et les sanglots. « Nous sommes vivants et nous rendons gloire à Dieu » c’est l’expression qui est revenue constamment à chaque intervention.
la messe de ce matin. le Père Ghislain la main droite bandée est très éprouvé.


Monseigneur Ambroise a demandé aux fidèles de méditer les événements de ces derniers jours dans leur cœur et de tout pardonner. Ces événements interviennent pendant l’année jubilaire des 75 ans de la paroisse Sainte Thérèse de Zinder. Après la messe, une réunion a permis de recenser les besoins et de voir comment organiser la suite. Certains ont émis le désir de se retirer provisoirement de Zinder pour se ressourcer. Beaucoup ont tout perdu. D’autres ont aussi décidé de rester. Sur le deuxième site, au niveau du camp de la Garde Nationale, sur les visages fatigués, se lisaient l’émotion. Sœur Florès organise comme elle peut la vie à l’intérieur. Avec l’évêque, les fidèles ont partagé le repas de la veille réchauffé. Le réconfort était réciproque.
ce qui reste de la maison des sœurs de l'Assomption
L’évêque a aussi rencontré le gouverneur pour lui faire part de sa honte et de son choc après tout ce qui est arrivé. Mgr Ambroise lui a dit que tous les services de la mission catholique sont fermés sur toute l’étendue de son diocèse jusqu’à nouvel ordre. En effet, les enseignants sont choqués par ce qui est arrivé et ne sont pas prêts de reprendre la craie. Certains enseignants musulmans des écoles missions ont été aussi menacés parce qu’ils travaillent avec les chrétiens. Les fidèles n’ont plus de lieux de culte et sont traumatisés. Certains n’ont plus de domiciles et ont peur. Le gouverneur a déclaré aussi avoir honte de ce scénario que personne n’avait prévu. « Nous n’avions pas imaginé un seul instant ce qui est arrivé. Tout le monde a été pris de court » a dit le gouverneur. Il a assuré l’Évêque, qu'il fera tout pour assurer la protection des chrétiens et de leur bien. 

L’Evêque est ensuite parti visiter ce qui reste de la mission catholique. En réalité, il ne reste plus rien. Tout a été pillé, brûlé. Les casseurs n’ont rien épargné. Il ne reste rien de l’école mission que les murs qui ont résisté aux flammes. Le mobilier a été emporté ou détruit. De la maison des pères, il ne reste plus rien. Les voitures, les appareils électroménagers, rien ne reste. A l’intérieur de l’Eglise, il ne reste plus rien. La violence des flammes montre que les vandales n’étaient pas des enfants. Ils ont aspergé minutieusement les recoins avant d’y mettre feu. Ils ont taillé à la hache et au burin des trous dans les murs de clôture pour accéder à l’intérieur à plusieurs endroits. Selon plusieurs témoins qui n’ont pas eu le courage de s’interposer à cause d’un rapport de force défavorable, la logistique était constituée de bidons de 25 litres d’essence acheminée et le ravitaillement était constant. Chez les sœurs, le spectacle est le même. De cette maison d’aide, il ne reste que les murs noircis par les flammes et des documents qui jonchent la cour. Les sœurs et les pères n’ont plus rien. Le curé de la paroisse n’a plus de vêtement, il a un pantalon retroussé qu’un fidèle lui a donné. Il n’a plus d’aube, il n’a plus de chasuble, il n’a plus rien mais il est toujours au chevet de ses brebis et cherche les moyens pour leur donner le moral. Les aubes, le vin de messe, les chasubles de la messe de ce matin ont été octroyés par la paroisse de Maradi dont le curé a fait le déplacement de ce matin. Dans les ruines de ce qui reste de son bureau, le P Léo plaisante. « Je reviendrai vivre et travailler ici Inch Allah » a dit le curé à l’Evêque avec sourire.

Père Léo au milieu des siens
Le choc est immense. Les cœurs sont brisés. Les fidèles ne comprennent pas.  Personne ne comprend l’origine réelle de cette colère qui s’est poursuivie dans les quartiers. Plusieurs domiciles, plusieurs boutiques de chrétiens ont été saccagés, brûlés. A l’heure du pic, ils étaient 32 fidèles acculés dans une pièce qui brûlait à la mission catholique. Ils avaient fui leur maison pour trouver refuge à la paroisse. Heureusement, la sœur Josée a eu le réflexe de l’infirmière pour jouer les pompiers. Les manifestants ont tenté de forcer la porte mais ils n’ont pas pu. La sœur a continuellement hydraté les uns et les autres avec de l’eau pour leur empêcher de suffoquer et d’inhaler de la fumée. Les manifestants sont ensuite partis à la recherche des pères en pensant sans doute que les flammes auront raison des 32 malheureux mais Dieu a délivré les 32 personnes. Pour sauver leur vie, les pères de leur côté ont dû sauter par leur mur. Même blessés, ils ont été poursuivis en suivant les traces de leur sang. Si je suis encore en vie, c’est parce « qu’un vieux m’a caché » explique le P Ghislain blessé à la main gauche. Ce vieux héros a résisté aux jeunes qui insistaient pour qu’il lui livre les disciples du Christ réfugiés sur son toit. Après le départ des jeunes déchaînés, le vieux a stoppé leur saignement avec de la cendre et a participé à leur exfiltration de la maison.
Sr Josée Myriam l'infirmière du dispensaire qui soigne 40.000 malades chaque année. 
Au niveau de la grotte mariale, il ne reste que les pierres et les sièges en béton. Même l’autel n’a pas été épargné. Le terrain de basket qui servait pour les élèves et les jeunes du quartier a subi les mêmes violences. Même le support des paniers de basket solidement ancrés dans le béton ont été détruits. Les vivres ont été emportés, les biens pillés. Les animaux ont aussi payé le crime de leur propriétaire. Ils ont été soit volés ou éventrés vivants et jetés dans les flammes. La mission catholique de Zinder n’a plus de moyens roulants. Seule une vieille voiture  à l’extérieur de la paroisse a été épargnée et a été utilisée pour ramasser les chrétiens coincés dans leurs quartiers.

ce qui reste de l'autel de la grotte mariale
Malgré tout, les chrétiens ont décidé de pardonner. Certains sont à leur troisième casse. La dernière remonte seulement au 12 septembre 2012. Mais l’attaque du 16 janvier 2015 a été la plus violente. Ils ne comprennent pas l’origine de ce problème qui s’est répandu à d’autres villes du Niger. Ils ne comprennent pas comment en un temps record, certains de leurs frères qu’ils connaissent sans doute, ont voulu les tuer pour la faute d’un journal irresponsable. Aujourd’hui, c’est tout le pays qui est sous le choc et le gouvernement a décrété trois jours de deuil. Dans les camps, plusieurs musulmans sont venus partager les douleurs de leurs amis, de leurs frères et sœurs. Les retrouvailles se font dans les pleurs mutuellement. Certaines familles chrétiennes sont hébergées par des amis musulmans en attendant le retour au calme. D'autres veillent sur les domiciles de leurs frères et sœurs en exil temporaire sous protection militaire.
l'assemblée en pleine méditation
En achevant cet article, je revois encore, les visages  des jeunes enfants qui ne comprennent pas ce qu’ils ont fait pour mériter un tel sort. Je revois ces mamans, ces hommes, qui pleurent et qui ne retrouvent plus le sommeil. Je revois encore le visage de Père Ghislain qui n’a pas pu retenir ses larmes au cours de la messe. Je revois le visage de sœur José qui a été le héros des 32. Je revois le Père Léo malgré les circonstances au milieu de ses amis alors que son ambassade insiste pour qu’il quitte le Niger et retrouve son Inde natal. Je revois les visages de sœur Florès, sœur Véronique, Désiré, Jules, Cédric, Mathias, Paulin, et tous ceux dont je ne connais pas les noms mais qui sont solidaires malgré les pleurs et qui magnifient Dieu. Je revois encore le visage de ses militaires, policiers, gendarmes, … qui vendredi, samedi, ont sauvé des vies humaines au péril de leur propre vie. Je revois aussi le visage de ces jeunes, de ses enfants, de ses vieillards qui se sont acharnés sur leurs frères sans raison réelle. Je revois encore le visage de tous ses amis qui sont venus sauvés des chrétiens, bref, ils ont sauvé la foi, ils ont accompli des actes au péril de leur vie.